L’industrie en Aquitaine, moteur historique du dynamisme économique régional, se transforme sous l’effet des mutations technologiques, de la transition écologique et des enjeux de compétitivité. Cette évolution interpelle directement les acteurs sociaux et syndicaux, à la croisée du maintien des emplois, de la qualité du dialogue social, et de la nécessaire adaptation des compétences. Les principaux points à retenir pour appréhender ce tournant sont :
  • Un tissu industriel diversifié, pilier de l’emploi régional, en particulier dans l’aéronautique, l’agroalimentaire et la chimie.
  • Des enjeux cruciaux de formation et de reconversion professionnelle face à l’automatisation et à la digitalisation.
  • La montée en puissance de la transition énergétique et des défis environnementaux, qui appellent de nouvelles formes de dialogue social.
  • Un rôle clé des syndicats pour accompagner les transformations, défendre les droits sociaux et promouvoir l’innovation sociale.
  • Des expérimentations locales en matière de concertation et de pactes sociaux, souvent pionnières au niveau national.
  • L’importance de la solidarité territoriale pour garantir la cohésion sociale et préparer l’industrie aquitaine de demain.

Un tissu industriel solide mais fragilisé : état des lieux en Aquitaine

L’industrie représente près de 13% de l’emploi salarié en Nouvelle-Aquitaine (INSEE, 2023), soit plus de 263 000 emplois directs. Le secteur se distingue par sa diversité, des industries traditionnelles (bois, métallurgie, chimie) aux pôles de pointe comme l’aéronautique (Dassault, ArianeGroup), la pharmacie, ou les éco-industries en pleine expansion.

  • Bassin bordelais : Aéronautique, défense, spatial, mais aussi secteur viticole.
  • Pays Basque : Plasturgie, agroalimentaire, électronique.
  • Bassin de Lacq : Chimie, énergie, plateforme de reconversion industrielle.
  • Charentes et Dordogne : Bois, papier, emballage, et innovations dans l’agroalimentaire.

Cependant, ce socle industriel est sous pression. Les crises successives (financière en 2008, Covid-19, tension sur les matières premières et transition écologique accélérée) ont fragilisé des filières entières, notamment l’aéronautique et l’automobile. Près de 12 000 emplois ont été supprimés dans l’industrie régionale entre 2008 et 2020 (INSEE). Dans le même temps, de nouveaux marchés émergent, comme l’hydrogène vert à Pau, la chimie verte, ou encore la robotique.

Nouvelles compétences, nouveaux métiers : le défi de la formation et de la reconversion

La mutation industrielle se traduit par une profonde transformation des métiers. L’automatisation, la digitalisation et la montée en puissance des technologies propres modifient la structure de l’emploi. Selon l’observatoire régional de l’emploi (OPCO 2i), plus de 40% des métiers industriels pourraient évoluer significativement d’ici 2030, avec une demande croissante pour des ingénieurs, des techniciens de maintenance 4.0, ou des spécialistes de l’efficience énergétique.

S’y ajoute la nécessité de reconversion pour des milliers de salariés dont le savoir-faire doit être valorisé dans de nouveaux secteurs. Les plans de formation continus, soutenus par l’État, la Région et les branches professionnelles, s’intensifient (exemple du Campus des Industries à Pau, ou de l’Usine École 4.0 à Bordeaux). Mais la réussite de cette reconversion dépend largement d’un accompagnement social solide et d’un dialogue social de qualité.

  • Problématiques à surveiller : décrochage des travailleurs seniors, précarisation des intérimaires, égalité d’accès à la formation.
  • Initiatives locales : dispositifs de « transitions collectives », cellules de reclassement, évolution du Compte Personnel de Formation (CPF) au sein des industries.

Transition écologique : une opportunité à saisir collectivement

La transition écologique n’est plus seulement un impératif moral : elle s’impose comme enjeu structurant, inscrit dans les stratégies industrielles régionales (SRDEII de Nouvelle-Aquitaine). Les syndicats et défenseurs des droits sociaux sont en première ligne pour s’assurer que cette transition ne rime pas avec destruction d’emplois, mais bien avec reconversion qualitative et création d’emplois verts.

Principaux secteurs industriels aquitains face à la transition écologique
Secteur Défis Opportunités Rôle des acteurs sociaux
Aéronautique Décarbonation, relocalisation des chaînes de valeur Développement de l’aéronautique bas carbone Négocier des reconversions, défendre la formation professionnelle
Chimie Transition vers la chimie verte, gestion des sites SEVESO Nouvelle chimie, bio-technologies Soutenir la prévention des risques et la qualification
Agroalimentaire Adaptation au changement climatique, circuits courts Innovations agro-écologiques Accompagner la montée en compétences, défendre la qualité de vie au travail
Énergie Sortie des énergies fossiles, adaptation des travailleurs Développement des énergies renouvelables Négocier l’ancrage local des nouveaux projets

Le dialogue social : pilier de la cohésion industrielle régionale

L’histoire sociale de l’Aquitaine est jalonnée d’expériences de dialogue social, parfois âpre, souvent innovant. Alors que la transformation industrielle peut s’accompagner de tensions – craintes de licenciements, restructurations, mobilités forcées – le dialogue social s’impose comme un rempart essentiel. Il structure la transition, renforce la confiance et évite des fractures sociales durables.

  • Comités sociaux et économiques (CSE) actifs dans nombre d’industries structurantes, à l’instar d’Airbus à Mérignac ou Arkema à Lacq.
  • Instances régionales de concertation : CREFOP (emploi, formation), comité régional de l’industrie, conférences sociales territorialisées.
  • Expérimentations de « pactes sociaux locaux » forgés notamment par des syndicats et employeurs autour de la filière bois ou des plateformes logistiques (voir la charte de concertation du port de Bordeaux).

Les syndicats à l’avant-garde des mutations

En Aquitaine, les syndicats – CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, mais aussi des syndicats autonomes locaux – portent l’exigence d’un nouveau contrat social qui articule transition industrielle, innovation, et progrès humain. Leurs revendications se structurent autour de quelques piliers :

  1. Préserver l’emploi et les qualifications dans chaque filière, face au risque de délocalisations ou de pertes sèches.
  2. Soutenir la formation, la mobilité volontaire et accompagnée, tout en luttant contre la précarisation.
  3. Garantir la santé au travail, notamment face aux risques nouveaux (exposition chimique, troubles musculo-squelettiques liés à la robotisation).
  4. Agir pour l’égalité professionnelle et salariale, en particulier dans des secteurs à forte inégalité homme/femme.

Par leur capacité de mobilisation, leur expertise du terrain et leur engagement à la négociation (nombreux accords de branche signés en Aquitaine sur le télétravail, la transition écologique ou la gestion des temps de travail), les syndicats participent activement à la résilience et à la modernisation des industries régionales.

Perspectives d’avenir et leviers collectifs pour l’industrie régionale

Avec la décentralisation des politiques industrielles, l’avenir du secteur en Aquitaine dépendra davantage de la capacité des acteurs régionaux à articuler développement économique, solidarité sociale et transition écologique.

Quelques leviers et pistes concrètes à renforcer collectivement :

  • Co-construction de feuilles de route industrielles entre État, Région, partenaires sociaux et associations citoyennes (exemples : feuille de route “Usine du Futur”, Contrat de Transition Écologique du bassin de Lacq).
  • Développement de l’économie circulaire et des circuits courts industriels, favorisant l’emploi local et la montée en compétences.
  • Pilotage concerté de la mutation industrielle avec les représentants des salariés, impliquant systématiquement les acteurs sociaux dès l’amont des projets.
  • Essor des fonds de soutien à la reconversion et à l’innovation sociale, pour une adaptation inclusive aux nouveaux métiers.
  • Valorisation de l’emploi féminin, des parcours jeunes et des trajectoires de l’économie sociale et solidaire.
  • Renforcement de lieux de débats et de veille sur la qualité de vie au travail et la participation des salarié·e·s à la gouvernance industrielle régionale.

Vers une industrie aquitaine solidaire et ouverte aux transitions

L’industrie aquitaine n’est pas condamnée au déclin : elle a les ressources, les compétences et l’expérience du dialogue pour affronter les défis contemporains. Les transitions qui s’annoncent, loin d’être subies, peuvent devenir des leviers de progrès à condition d’unir forces syndicales, associatives, politiques et citoyennes. Face à la complexité des enjeux, l’ambition collective doit guider chacun de nos choix, pour une industrie régionale plus juste, plus verte et porteuse de liens sociaux durables.

Pour aller plus loin :

  • INSEE Nouvelle-Aquitaine : données et analyses sectorielles
  • Observatoire régional de l’industrie (OPCO 2i)
  • Fédération des Industries Mécaniques, rapport annuel
  • SRDEII : Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation
  • Pacte pour la relance de l’industrie verte en Nouvelle-Aquitaine
  • Charte « Usine du Futur » – Région Nouvelle-Aquitaine

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